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A propos du Ventoux : dans le brouillard nocturne, le sifflement du vent accompagne la marche ; le bruit des pas résonne à l'infini sur les éboulis, mais déjà les promesses de l'aube éclairent la solitude du sommet. Même la chaleur du thé bouillant, dans cet oxygène raréfié, peine à réchauffer le coeur.
Les noirs sommets de la vallée, tels des fantômes, surgissent au-dessus des nuages pourprés, puis orangés ; soudain, l'aurore naissante efface tous les soucis et rien d’autre n’importe que le moment présent, inoubliable. En quelques secondes, quelques rayons magiques illuminent la vallée du Toulourenc et les pierriers deviennent montagne d'or. La nature d’altitude semble s'éveiller ; il suffit de sentir, de regarder, d'écouter un léger bruit de sabots martelant le sol, celui des premiers chamois descendant vers la vallée avec leurs petits ou les bruissements d’ailes des becs croisés survolant les pins aux alentours. Ce paradis n’a pas de prix. A en oublier, presque sous les pieds, la renoncule de Séguier aux perles de rosée ou le givre de l'hiver sur les crêtes, l'attente glaciale d'un rosé improbable, à l'abri des petits arbres de glace, par -20°.
"Un tas de pierres" réussit à éblouir le regard : lieu unique au monde où l’équateur arrive à réchauffer le pôle : le miracle de la vie naissante, une ineffable image à partager comme une action de grâces.


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